Phénix

Bonjour à tous,

Voilà un (très) long moment que je n’avais pas eu, ni pris pour être tout à fait honnête, le temps d’écrire sur cette plateforme. J’étais auparavant retenu par des études très prenantes; il s’avère que mon emploi du temps est maintenant bien moins dense, et je commence à entrevoir la possibilité de reprendre l’écriture de ce blog.

J’ai, entre temps, eu le temps d’améliorer mes connaissances en la matière; c’est donc avec excitation que je pense au potentiel futur de ce site. Je ne sais pas encore si je vais continuer à utiliser cette plateforme, relativement restrictive, ou bien en changer. Si la plateforme est conservée, il faudra cependant procéder à une refonte totale des articles, qui, j’en ai peur, ne conviennent plus à la vision de la science de la déduction que l’on se doit d’avoir si l’on cherche à approcher les méthodes de Holmes.

Si vous avez des remarques à adresser quant à ce potentiel changement, n’hésitez pas à m’en faire part; c’est le moment… Seriez-vous prêts à changer de site, si tant est qu’il reste un lectorat ici après deux ans d’inactivité? Je reste à votre disposition par mail, ou par le biais des commentaires, quoi qu’il arrive.

Alors – Prêts à replonger dans l’univers holmésien, et à le ramener dans notre monde?

Amicalement,

Rung

Courrier de Baker Street – « Vacances », paradoxes & changements

C’est après une relativement longue absence que je reprends la plume pour vous écrire. Je ne peux que le déplorer, et m’en excuser – seulement, il m’est actuellement difficile – pour ne pas dire impossible – de trouver le temps d’écrire et de pouvoir tenir un rythme satisfaisant pour ce blog. Cela dit, je ne vous abandonne pas pour autant : un article est bel et bien en cours de rédaction, et portera bel et bien sur la thématique de l’observation. Ce sera, je pense, le seul article qu’il me sera possible de rédiger au cours de cet été; aussi, j’espère qu’il sera assez consistant pour vous tenir quelque peu en haleine.

Il est étonnant de voir à quel point ce site se nourrit de paradoxes; c’est au moment le plus creux de son histoire qu’il connaît sa plus forte affluence depuis son ouverture. Que ce soit en termes de commentaires ou même de visites, Juillet bat tous les records… Au total, ce sont plus de 11 000 visites qui ont été faites sur ce site, et je ne peux que vous en remercier chaleureusement. Je suis actuellement en train de planifier l’ouverture d’un « vrai » site, pour ne plus avoir à passer par une plateforme telle que WordPress pour la publication des articles. Je vous l’avais déjà annoncé, mais je peux maintenant vous confirmer que c’est en chantier. En outre, vous aurez sûrement remarqué que du Journal de Baker Street, nous en sommes venus au Courrier. Ce nom me satisfaisant mieux, c’est celui qui sera maintenant conservé pour ces billets spécifiques. Le nouveau site étant à l’étude, n’hésitez pas à me faire parvenir vos avis et suggestions sur l’état actuel du site, la présentation que vous préféreriez, la formule des articles, où quoi que ce soit qui vous semble bon de me signaler à l’adresse science-deduction@orange.fr.

Terminons sur quelques énigmes, puisque cela fait un moment que votre sagacité n’avait pu être mise à l’épreuve ici. Gageons que celles-ci sauront vous occuper plus longtemps que les précédentes…

  • La première est due à Lewis Carroll; pour indice, Carroll était de nationalité anglaise. La comptine parle d’elle-même : « Rêvant de pommes sur un mur et rêvant souvent, ma chère, je me demandai : si je les comptais combien cela en ferait-il ? »
  • La deuxième fait appel à votre science de la pesée. Un joaillier de la place Vandôme présente à ses clients neuf pierres précieuses. Énonçant que l’une des pierres est fausse, il met au défi les clients de la trouver en deux pesées de balance, le gagnant remportant l’une des vraies. Auriez-vous remporté l’une des pierres ?
  • La dernière est célèbre pour avoir été posée aux étudiants d’Harvard. « Je suis plus fort que Dieu, et plus maléfique que le Diable. Les pauvres m’ont, tandis que les riches ont besoin de moi. Si l’on me mange, on meurt. Qui suis-je ? » A noter que le débat n’est assurément pas théologique…

C’est sur une citation de La Recherche de l’Absolu de Balzac que je vous quitte, espérant pouvoir revenir vers vous au plus vite.

« La puissance de vision [qui] fait le poète, et la puissance de déduction [qui] fait le savant. »

Bonne année 2013 !

Bonjour à tous,

Je reprends la plume aujourd’hui avec grand plaisir pour vous souhaiter à tous une très bonne année à venir. Voilà bientôt un an que ce blog existe, et vous avez été nombreux à suivre les singulières réflexions que j’ai pu mener autour de ce monument de la littérature anglaise qu’est Sherlock Holmes, en attestent les statistiques du site. En effet, pas moins de 2700 visites ont été faites depuis la création du blog, et ce depuis plus de 30 pays ! Qui aurait pu croire que Sherlock ferait autant d’émules, et ce aujourd’hui encore ?

Merci donc à vous tous pour votre suivi, et espérons que cette nouvelle année qui s’annonce soit pleine de surprises !

Bien à vous,

Quantum

Ce n’est qu’un au revoir…

Bonjour à tous,

Comme vous vous en étiez peut-être doutés, le prochain article sur l’observation ne viendra pas, ou pas avant un bon moment. En effet, mon planning ne me permet, et ne me permettra plus de continuer ma rédaction régulière pour ce blog… Et ce, pour un assez long délai. J’espère pouvoir revenir vers vous un jour; en attendant ce moment, je préfère ne pas décevoir un lectorat avide de nouveautés, et tout simplement tirer une révérence momentanée.

Je vais profiter de ce message pour vous remercier, vous tous qui me lisez, de m’avoir suivi comme vous avez pu le faire. Ce fut un véritable plaisir pour moi que d’écrire sur l’un des piliers de la littérature policière, j’ai nommé Sherlock Holmes, et plus particulièrement sur cet art qu’est la Science de la Déduction – et j’espère que ce plaisir pourra, un jour, battre de nouveau son plein. Dans La Maison vide, Sherlock renaît de ses cendres après une chute que l’on croyait mortelle à Reichenbach; espérons que ce blog puisse connaître un pareil dénouement.

Merci à vous tous.

Quantum

Journal de Baker Street, n°3

Bonjour à tous,

Et voilà qu’un mois a passé depuis la dernière édition du Journal. J’espère que durant ce mois, vous avez trouvé à votre goût les quelques articles et réflexions que j’ai pu vous soumettre. L’art de Sherlock Holmes, dont nous tentons ici de percer le secret, est des plus complexes, et c’est justement cette complexité qui fait la beauté de notre recherche. Holmes, personnage de papier ancré dans l’univers fictif de Doyle, aura bien ironiquement fait couler de l’encre quant à ses méthodes ! Aussi, une fois encore je ne peux que vous remercier de me suivre dans ce travail, que j’entreprends mû par toute mon admiration pour le célèbre détective.

Vous l’avez pu constater, on ne peut parler de Sherlock Holmes sans décemment en venir à des énigmes qui, à première vue paraissent insolubles; c’est en y réfléchissant avec méthode que l’on peut en voir la trame. Aussi, j’avais soumis à votre curiosité deux énigmes particulières, dont nous allons ici livrer sans plus attendre la solution. Si vous n’avez toujours pas trouvé – ou pas encore cherché – ces problèmes, je vous engage à passer au prochain paragraphe, à moins que vous ne souhaitiez rendre les armes. Commençons par l’énigme de Voltaire; le logicien affirmé n’aura aucun mal à trouver qu’il s’agissait là de l’oiseau. En effet, comme stipulé dans l’énoncé, le mot « oiseau » se compose en français de cinq voyelles et d’une consonne; en outre, ses plumes, qui composent son plumage, lui permettront sans mal d’écrire son nom, pour peu qu’elles aient été trempées dans l’encre ! Il ne s’agissait donc ici que d’une logique basée sur les mots, et plus particulièrement les jeux qui peuvent avoir cours entre ces derniers – c’est en les repérant que l’on peut deviner, presque du premier coup d’œil, que c’est bien d’un volatile dont il est question ici. La deuxième énigme traitait quant à elle du meurtre d’un riche propriétaire. Son meurtrier n’est personne d’autre que son héritier, qui ne pourra pas jouir longtemps de la fortune qui lui est léguée : c’est sur les heures de présence des deux suspects qu’il faut s’attarder pour découvrir la solution, mais aussi sur un détail qui sort du commun – la présence de cadavres de mouche sur le rebord de la fenêtre. A la manière de Holmes, creusons ce petit détail anodin qui pourtant recèle en son sein la solution de l’énigme. L’on sait que les insectes que sont les mouches et moustiques sont attirés par la lumière, qu’elle soit naturelle ou non : ainsi, ces nuisibles ont dû pénétrer dans la chambre avant la tombée de la nuit, étant donné que la fenêtre était entrouverte – de l’extérieur, la lumière du logis pouvait filtrer par les stores. Inversons maintenant le raisonnement pour nous intéresser à la sortie des insectes; au lever du jour, de la chambre plongée dans l’obscurité par les stores filtrait les premiers rayons du soleil : c’est à cet instant que les insectes auraient pu sortir. Sortir, ils n’ont pu le faire qu’à moitié, puisqu’on les a retrouvés morts sur le rebord de la fenêtre, soit derrière les stores. C’est donc que le gaz, qui, rappelons-le, agit instantanément, autre détail de la plus grande importance, a été libéré au moment de la sortie des insectes, soit aux premiers rayons du soleil. Le secrétaire n’étant plus sur les lieux depuis minuit, seul l’héritier a pu orchestrer ce meurtre : c’est ainsi, grâce à deux détails et au planning de la soirée qu’il nous est possible de résoudre cette sordide affaire de meurtre.

Les plus petits détails sont ceux qui nous rapprochent le plus de la vérité…

Les affaires de meurtre, si l’on veut les résoudre, requièrent une attention plus grande encore que les simples problèmes de logiques. Cependant, c’est par l’entraînement que nous apporte lesdits problèmes que nous pourrons être en meilleure mesure de discerner dans un fatras d’informations les détails qui nous permettent de trouver le – ou les – coupable. Aussi, je vais à nouveau vous soumettre un problème de logique, quelque peu inspiré du paradoxe du menteur que nous avions déjà pu étudier. Dans un bar, vous sympathisez avec deux garçons : l’un dit toujours la vérité, et l’autre ment systématiquement. Vous demandez au premier si c’est lui le menteur, mais le bruit ambiant vous empêche d’entendre sa réponse; alors, vous demandez au deuxième ce que le premier a répondu. Celui-ci vous répond qu’il a dit non. Qui est donc le menteur ?

C’est encore un nouvel article qui s’achève pour moi, mais aussi pour vous. J’espère que vous prenez autant plaisir à lire mes élucubrations sur le personnage de Holmes que je peux en prendre à les écrire; la pérennité de ce projet me fait chaud au cœur. Je ne puis en ce moment tenir mon calendrier habituel d’un article par semaine; notre prochaine rencontre se fera d’ici deux à trois semaines, autour du thème de l’observation. Ce sera donc une nouvelle catégorie qui s’ouvrira pour nous dans l’étude de cet art qu’est la science de la déduction. Pour l’heure, sachez profiter de la beauté de cet instant estival, qui aura su se faire attendre.

Bien à vous,

Chimie et déduction : un couple efficace ?

Bonjour à tous,

Si Holmes pouvait paraître quelque peu révolutionnaire dans ses nouvelles en se servant de temps à autres de la chimie pour mener à bien ses affaires, il est aujourd’hui de notoriété commune qu’elle trouve une grande place dans les sciences forensiques telles qu’elles ont pu être révélées au grand jour par Les Experts. De fait, s’il apparaît que la chimie nous permet à l’heure actuelle d’arrêter un criminel par la comparaison d’ADN, ou encore par la comparaison de molécules spécifiques qui auraient été présentes sur les lieux du crime et que l’on pourrait retrouver sur notre meurtrier, il paraît plus fantasque que cette même chimie nous permette de savoir par où le criminel est passé pour commettre son forfait. Et pourtant, la série Sherlock, dont nous avons déjà pu parler à de nombreuses reprises, en particulier avec le suicide de notre détective présenté au travers de cet article, n’hésite pas à nous montrer Holmes retrouvant deux enfants kidnappés par l’analyse de la boue que le ravisseur avait sous ses chaussures, et qu’il avait disséminée à son passage ! Cette scène tirée de l’épisode La Chute du Reichenbach aurait-elle réellement pu se produire dans notre monde ? La chimie est-elle un instrument utile à la science de la déduction ? Autant de questions auxquelles nous essayerons de trouver ici réponse.

Les molécules, une aide précieuse dans le panel d’outils qui nous servent à la déduction ?

On peut définir la chimie comme une science de la nature relativement empirique : partagée entre théorie et expérimentation, son objet est l’étude des éléments chimiques qui composent notre monde, et des interactions qui lient ces éléments. Ce qui va nous intéresser ici plus particulièrement est le côté expérimental, qui nous permettra, sans aucun doute, de réussir à percer les dernières barrières qui nous séparent de la vérité. Avant cela, il nous faut rappeler que la chimie expérimentale est une pratique qui peut se révéler dangereuse : aussi, dans nos expérimentations, il ne faudra pas oublier de porter une blouse, et selon les circonstances de l’expérience, lunettes et gants de protection. Nous commencerons nos expériences par de simples réactions relativement faciles à étudier, que tout le monde peut réaliser chez soi – à condition de disposer du bon matériel. Outre la blouse, il faut en effet se munir de récipients en verre tels que des tubes à essai : le verre sera ici des plus pratiques quand il s’agira de chauffer nos solutions – le chauffage, quant à lui, s’effectue à l’aide d’une lampe à alcool ou encore d’un bec bunsen, ces deux dispositifs pouvant facilement être arrêtés en cas de problèmes. A la manière holmésienne, lorsque l’on usera de chimie, il nous faudra agir de manière la plus méthodique et organisée possible : ainsi, nous éviterons tout problème lors de nos expériences. Résumons donc la liste de ce qui est, de base, nécessaire :

  • Une blouse ou tout autre vêtement de protection;
  • Si nécessaire, des gants et lunettes de protection;
  • Des récipients en verre, au mieux tubes à essai;
  • Une lampe à alcool, bec bunsen, ou tout autre dispositif de chauffage « portatif » pouvant s’étendre facilement.

A ce matériel, il faudra adjoindre les solutions nécessaires à la réalisation des réactions-type que l’on cherche à étudier.

Ainsi, la chimie permet de mettre en lumière les interactions entre différents éléments. C’est là le point qui va nous intéresser dans la science de la déduction. Le départ du raisonnement que l’on utilise est des plus simples : dans la nature, l’on trouve une infinité d’éléments différents. Prenons pour exemple la terre, élément incontournable de la nature. Ce que l’on prend pour une seule et même chose, la terre, se retrouve cependant en quantité de versions différentes; la terre peut être argileuse, peut se composer d’humus, contenir des éléments de végétation, ou encore des roches particulières. Imaginons alors que chacun de ces éléments que sont l’argile, l’humus, la végétation, ou bien la roche réagisse d’une manière différente avec une solution chimique : il nous serait alors possible de localiser, à l’aide de la réaction spécifique entre la terre étudiée et la solution chimique et en connaissant où l’on peut trouver un tel élément dans la terre, où ce morceau de terre a été prélevé. De là, c’est un monde de possibilités qui s’offre à nous pour la déduction : il est alors possible de retrouver l’endroit exact où un objet a été entreposé, ou plus encore où un homme est passé. Ce n’est donc pas une utopie qui nous est montrée dans la série Sherlock, mais bel et bien ce qui appartient aux champs du possible. Dès lors, la chimie devient l’un des outils que le détective amateur se doit de posséder dans son propre panel. Pouvons-nous cependant réussir à user de la chimie pour la science de la déduction sans en avoir une connaissance poussée, à la manière d’un Holmes jugé « Très fort » dans ce domaine par Watson dans Une Etude en Rouge ?

Jeremy Brett, dans le rôle de Holmes pour la série réalisée par Granada Télévisions, série jugée la plus proche du canon holmésien.

Si certaines réactions sont des plus complexes à étudier, la plupart des réactions qui vont ici nous intéresser sont relativement simples, et ne nécessitent pas une connaissance parfaite de cette science qu’est la chimie – la connaissance basique à avoir ou bien à acquérir étant la notion de dangerosité en chimie, les réflexes de sécurité et savoir se prémunir de tout danger pour soi, et pour les autres. Pour convaincre mon lectorat de la simplicité de certaines des réactions qui nous sont utiles, nous allons une fois encore user d’un exemple des plus éloquents. La réaction que nous allons ici employer a sûrement déjà utilisée par la plupart d’entre vous pour une action des plus communes, j’ai nommé le détartrage. En effet, pour enlever le calcaire, il est courant d’employer du vinaigre d’alcool blanc : c’est là la réaction-même qui va nous intéresser. Le calcaire, roche sédimentaire, est présent dans de nombreuses roches, telles que les gypses, ou les marnes; sa composition chimique, que nous étudierons plus en détail une prochaine fois, l’amène à réagir en présence d’acide d’une manière très spécifique, l’effervescence. Or, le vinaigre d’alcool blanc comporte un acide, l’acide acétique : aussi, en appliquer sur une roche ou une terre comportant du calcaire entraînera de manière directe une réaction d’effervescence. Ainsi, avec quelques gouttes de cet acide acétique que l’on peut trouver facilement chez soi, il vous sera possible d’identifier une roche ou bien un échantillon de terre comme comportant du calcaire.

Effervescence d’une roche calcaire au contact d’un acide

Suite à cette réaction, c’est un autre problème qui se pose : d’où provient ce calcaire, et comment a-t-il été prélevé ? Si la déduction et l’application de systèmes hypotético-déductifs peuvent nous aider à répondre à la deuxième question, la première n’en reste pas moins le plus grand mystère à percer : on comprend ainsi mieux pourquoi Holmes peut dire « du premier coup d’oeil les différentes espèces de sol » ! Si la chimie peut s’avérer des plus utiles pour résoudre un mystère quel qu’il soit, elle n’en reste pas moins qu’un maillon de plus apporté à la chaîne que constitue la déduction logique; elle n’en est ni le début, ni la fin, et c’est, du reste, au détective holmésien d’en juger de la valeur dans son enquête.

Bien à vous,

Logique et application de systèmes hypothético-déductifs

Bonjour à tous,

C’est avec un peu de retard que je vous retrouve pour ce nouvel article; j’espère que vous saurez m’en excuser. Nous allons traiter aujourd’hui une fois de plus de logique, en abordant la notion de propositions, de prédicats et de systèmes de déduction par l’hypothèse; nous finirons notre exposé sur une application par l’exemple pour le moins surprenante de la logique dans une sordide affaire de meurtre. Le programme s’annonce donc des plus complets pour cet article; notons qu’à la suite de celui-ci, il faudra attendre quelque peu pour voir fleurir de nouveaux articles en catégorie  Logique. Partons donc dans les méandres de la logique telle qu’elle est appliquée stricto sensu par Sherlock Holmes pour résoudre ses affaires…

C’est dans l’univers de la logique que nous nous promènerons aujourd’hui…

La logique classique, telle qu’elle peut nous être utile à tout moment pour bâtir nos raisonnements, est principalement fondée autour de deux domaines, que sont la logique des propositions et la logique des prédicats. Ces notions de propositions et de prédicats sont relativement difficile à cerner; quoi de plus paradoxal pour un outil nous aidant à mieux penser ? Considérons la logique comme un langage à part entière; si dans le langage « français », l’on peut retrouver des sujets, des verbes et des compléments, dans le langage logique, on peut retrouver des propositions et prédicats, chacun des deux ayant une fonction particulière dans la phrase logique. Étudions donc l’un après l’autre la proposition et le prédicat pour cerner au mieux comment analyser un langage logique.

Voyons tout d’abord la logique des prédicats, qui au regard de l’histoire logique semble être la plus ancienne. De manière simple, on appelle prédicat la partie de la phrase qui porte l’information à propos du sujet de la phrase. Plus encore, le prédicat logique est la partie de la phrase définissant le sujet qui peut être affirmée ou non; ainsi, lorsque j’énonce la phrase « Sherlock Holmes est un détective », « un détective » est le prédicat du sujet Sherlock. A quoi bon alors étudier les prédicats, si ce n’est qu’une simple question de complément du sujet, me direz-vous. L’intérêt, dans le langage logique, de l’étude des prédicats se situe surtout dans la recherche de ces prédicats en elle-même : toutes les phrases ne sont pas aussi simples et péremptoires que notre éloquent exemple, et il s’avère parfois difficile de démêler le vrai du faux dans un texte. Aussi, si l’on a affaire au résumé d’une enquête, par exemple, l’étude des prédicats portant sur les différents sujets nous permettra de savoir qui fait quoi, qui a fait quoi, et comment celui-ci a fait cela. Les prédicats sont donc une notion permettant de porter l’information, et de la quantifier au besoin, en lui donnant ce côté presque manichéen du vrai ou faux.

La logique des propositions, si elle est beaucoup utilisée en mathématiques, peut aussi servir à la déduction, de la même manière que la logique prédicative. On pourrait définir la proposition comme toute information pouvant être vraie, ou fausse. On peut alors remarquer l’étroite concordance entre proposition et prédicat; un prédicat serait en fait un cas particulier de proposition, si l’on s’en tient à cette définition. En réalité, le prédicat est vrai ou non relativement à son sujet, tandis qu’une proposition, indépendamment de tout autre élément de la phrase, peut être vraie ou fausse. La logique des propositions va alors tâcher d’étudier les relations qui lient les différentes propositions que l’on peut trouver dans une phrase, pour en déduire une, ou des vérités. Par exemple, la phrase « Si 2+2=4, alors A » renferme deux propositions, que sont 2+2=4 et A, où  A est un événement quelconque. Ainsi, si la première proposition est vraie, alors la deuxième l’est aussi. De fait, la première proposition est vraie; on peut donc en déduire que A l’est aussi. Ainsi, la logique propositionnelle permet de tirer le vrai du faux dans un texte aux éléments pouvant sembler contradictoires; ainsi, l’on en déduit la vérité. Déduire… N’était-ce pas là notre but avoué ?

La logique, ou l’art de faire tomber les masques et dévoiler la vérité.

Les logiques prédicatives et propositionnelles nous permettent de faire nos déductions à partir de constats, de choses avérées. Cependant, une corde vient manquer à l’arc – ou plutôt, si l’on peut dire, au violon – de Holmes si l’on s’arrête à ces logiques factuelles. En effet, que serait la science de la déduction sans l’art de l’hypothèse ? Pour tout déduire de ce qu’on a observé, il faut aussi envisager tous les événements tels qu’ils ont pu se dérouler, sans pour autant que l’on ait une preuve tangible que ces événements se soient déroulés de cette manière précise. C’est là qu’intervient l’hypothèse, que l’on peut définir comme une proposition faite sans aucune prise de position quant à la véracité de cette proposition. Les hypothèses interviennent alors dans des systèmes, que l’on appelle systèmes hypothético-déductifs : des différentes hypothèses statuées, l’on cherche à déduire une vérité, sans aucune aide de la part d’éléments concrets. En quelque sorte, le système hypothético-déductif est un raisonnement qui conduit à prouver, par l’épreuve de sa pensée, que notre hypothèse est vraie ou non. Toute hypothèse est donc vouée à être éprouvée au travers de ce raisonnement, pour ainsi devenir vérité – ou simple erreur de raisonnement. De la même manière, les inférences peuvent nous permettre d’atteindre la vérité. Les inférences sont une autre manière de déduire à partir de nos hypothèses : il s’agit ici de mettre en relation les différentes hypothèses statuées pour en conclure une vérité. L’on doit donc interpréter les hypothèses, les mettre en relation de sorte qu’elles forment une vérité entre elles, loin de l’explicite constaté. Prenons un exemple simple afin d’illustrer l’application des inférences. Vous vous levez le matin, et vous vous apercevez que vos chaussons fétiches ont changé de place, et qu’ils sont mouillés. Dès lors, deux possibilités vous viennent : soit vous êtes atteint de crises de somnambulisme et il a plu durant la nuit, soit votre compagne est allée relever le courrier, et, en marchant dans l’herbe, a récolté la rosée matinale sur vos pantoufles. Ces deux possibilités sont des inférences : vous avez mis en relation les éléments « chaussons déplacés » et « chaussons mouillés » au travers d’hypothèses, si farfelues puissent-elles être. Sherlock lui-même n’écrivait-il pas que « quoi qu’il reste, si fou que cela puisse paraître, doit nécessairement être la vérité » sur la page d’accueil de son site ?

Puisqu’un exemple vaut mieux qu’un long discours, terminons cet article sur une application de ce que nous venons d’apprendre à ce qui nous intéresse, au fond, vraiment : la résolution d’une affaire de meurtre. En voici un résumé; toutes les informations qui y sont divulguées peuvent être considérées comme vraies. Un riche propriétaire, malade, est mort dans sa chambre après avoir inoculé un gaz mortel qui agit instantanément. On a retrouvé dans la chambre un flacon, qui semble être le récipient qui contenait le gaz; en outre, la maladie de l’homme l’empêchait de bouger de son lit. La chambre ne comporte qu’une seule fenêtre, que l’on a trouvé entre-ouverte, stores fermés; sur le rebord se trouvaient une demi-douzaine de mouches et moustiques, tous morts. Deux personnes sont suspectées : l’héritier du mort, qui vivait à son domicile, et son secrétaire. Les deux suspects ne se sont pas croisés, et ont été présents dans la maison à des heures différentes : le secrétaire est resté travailler avec le malade, dans sa chambre, de 20h à minuit, et son héritier est rentré plus tôt que prévu au domicile de voyage d’affaires, vers 1h du matin. Qui est donc le meurtrier de ce pauvre homme ?

Qui a bien pu tuer le riche propriétaire ?

La logique est donc des plus importantes dans la résolution d’une affaire de meurtre. L’intuition, si elle peut se révéler utile pour amener sur une première piste, n’est rien face à la puissance de l’outil déductif, qui grâce à la logique peut conduire à la seule vérité. Propositions, prédicats, hypothèses et inférences sont autant d’outils que Sherlock Holmes utilise au cours de ses aventures pour résoudre ses affaires les plus étranges : en faire bon usage, c’est donc se préserver de l’erreur, qui dans une enquête peut s’avérer fatale.

J’espère que le contenu de cet article saura compenser l’attente qu’il aura fallu pour le voir parvenir sur le blog. Chers lecteurs, je vous remercie de votre fidélité, et de l’intérêt que vous pouvez porter à mes études holmésiennes. Nous nous retrouverons bientôt pour une étude d’un autre genre : celle de l’application de la chimie à la science de la déduction…

Bien à vous,

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